N°03  Paroles de décideurs
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Daniel Jacquet : « Il faudra continuer à investir »

Daniel Jacquet : « Il faudra continuer à investir »

A partir du Décolletage Jurassien à Champagnole, Daniel Jacquet a créé en 20 ans ARDEC METAL, un groupe régional de huit entreprises pesant aujourd’hui 40 millions de chiffre d’affaires. Spécialisée à l’origine dans le décolletage, qui reste la spécialité du groupe, l’activité s’est étendue au fil des ans et des besoins au découpage, à l’usinage et au travail des métaux en synergie avec les différents sites.

Chaque entreprise conserve au sein d’ARDEC METAL son autonomie, sa clientèle et son organisation et si une grande part de l’activité concerne encore l’automobile, le groupe s’élargit aux technologies de pointe comme le médical ou l’aéronautique, voire le spatial en préparant l’industrie 4.0 de demain.

Une réflexion, une évolution et des investissements permanents, mais également une philosophie de l’entreprise ont assuré à ARDEC METAL une forte assise régionale qui en font un groupe leader dans son domaine.

Entretien avec le PdG Daniel Jacquet, 63 ans.

Ardec Metal

Cliquez pour découvrir l’Entreprise :

Consultez la vidéo de présentation :

Daniel Jacquet Digest

m-jacquet-ardec-metal-cci-studiovision-1b1a4926« J’ai un parcours atypique, mon père avait une petite entreprise de fabrication de tracteurs-enjambeurs pour la vigne dans le Beaujolais, il voulait bien que je reprenne mais il a voulu que je fasse d’abord mes preuves. Je suis parti en région Rhône-Alpes où j’ai créé à 22 ans mon entreprise dans la transformation des métaux. C’était dans les années 1975, j’ai revendu une partie de mes actifs en 1993 pour venir à Sirod à la demande de la famille Medigue qui avait repris le Décolletage Jurassien. Je suis devenu PDG et Jean-Michel Medigue, le fils du repreneur, est devenu directeur commercial.

En 1996, l’entreprise comptait une trentaine de personnes et avait un chiffre d’affaires de 1,5 million d’euros. Nous étions à l’étroit à Sirod et en 1999, nous avons décidé de nous installer à Champagnole. Avec le soutien de la commune, nous avons construit une usine qu’on a agrandie deux fois depuis. En 2000, de gros investissements dans les machines nous ont permis de passer à 45 salariés et à décupler le chiffre d’affaires en étant toujours orienté plutôt vers l’automobile. Notre projet n’était pas de créer un groupe, mais de pérenniser l’entreprise, elle était encore fragile et il fallait lui trouver de nouveaux clients sans avoir une vraie visibilité. »

La crise de 2008

« L’idée était de trouver des fabrications complémentaires. En 2006, après réflexion, nous avons choisi une croissance externe avec le rachat de Morel Décolletage à Champagnole, une société d’une dizaine de personnes spécialisée dans les petites séries sur tous les métaux : inox, laiton, etc. A ce moment, il était clair que nous pouvions aller beaucoup plus loin. L’année suivante, nous avons racheté Soudométal à Morez, fabricant de produits pour le soudage, qui avait besoin de décolletage. Une synergie s’est créée, mais la crise est passée par là avec une baisse de 35% de chiffre d’affaires. Pendant dix mois, la situation a été très difficile et il a fallu licencier. Nous avons repris tout le monde, mais trois ans après… A ce moment-là, on est passé par des CDD et l’intérim parce qu’il était impossible de garantir l’activité. Parfois, en voulant trop protéger, on tue l’initiative. »

La stratégie de groupe

index1-small« En 2010, à la sortie de la crise, nous avons vraiment pris une décision stratégique en choisissant de se développer par d’autres croissances externes, mais toujours en Franche-Comté, rester sur notre territoire était un choix essentiel. C’est depuis cette date que nous avons racheté Décolletage Genet à la Mouille (25 salariés et 3 millions de CA) ; en 2013 Sésame à Saint-Claude (30 salariés, 6 millions de CA) ; en 2015 Grosperrin à Pirey (Doubs) (35 personnes, 9 millions de CA) et en 2015 Précijura à Champagnole (48 salariés, 6 millions de CA) spécialisé dans le décolletage de précision pour l’aéronautique et le spatial. Toutes ces sociétés de décolletage travaillent sur des secteurs différents et complémentaires, elles ont été achetées par opportunités, je n’ai jamais mandaté personne pour aller chercher des entreprises à vendre ! En 2015, nous avons également crée une société commune pour la frappe à froid avec le groupe Camelin à Besançon à destination de l’automobile, Nous avons investi dans des machines et embauché cinq personnes, le processus suit son cours.

Le groupe, ARDEC Métal que je préside, c’est aujourd’hui 8 entreprises, 40 millions de CA avec une bonne rentabilité et 220 salariés, mais chaque société est indépendante et conserve sa propre culture, son organisation pour répondre aux besoins de sa propre clientèle. »

L’Industrie du futur

« Il faudra continuer à investir au sens large, d’abord parce qu’il faut aller de l’avant, ensuite parce que nos clients nous demandent de plus en plus de choses, notamment l’internationalisation. Nous nous plaçons dans cette logique avec des fers au feu. Par exemple, il n’est pas exclu de mettre en place une structure de recherche et développement puisque nous usinons des matériaux complexes. Dans la même logique, nous nous inscrivons dans l’industrie du futur, l’industrie 4.0 c’est-à-dire l’immatériel, l’informatique, l’électronique, la robotique. Un groupe aujourd’hui doit avoir les moyens de répondre à ces demandes. Ces technologies coûtent très cher, il ne faut pas surdoser les investissements mais se situer dans une mouvance de progrès. Notre endettement est largement contenu, il est même en diminution, nous ne faisons pas appel au découvert ni à l’escompte. On a pu en arriver là parce qu’on a fait appel à des fonds d’investissements régionaux (Invest PME Franche-Comté, SG Capital Investissements) qui sont investisseurs minoritaires dans le groupe et nous permettent d’avoir des effets de levier tout en nous sécurisant. »

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La concurrence et l’emploi

«Notre secteur d’activité est confronté à une concurrence mondiale, mais surtout européenne, notamment allemande et suisse, on ne boxe pas dans la même catégorie ! Il existe un différentiel de charges de 20% environ, la charrette est plus lourde et ce poids joue sur l’autonomie financière. Nos machines viennent d’Allemagne, d’Italie, il existe peu de marques en France. Par contre, les entreprises françaises ont des offres intéressantes dans le matériel complémentaire (contrôle, tri). L’origine du groupe, c’est le Jura, c’est une terre de labeur où les conditions d’emploi et la qualité du personnel sont très hautes. Nous avons une main d’œuvre qui porte en elle les valeurs du travail. »

Le chef d’entreprise

 

«  A 17 ans, je savais que je serais chef d’entreprise, je tire ça d’une tradition familiale où beaucoup de gens sont à leur compte. Je me suis senti entrepreneur très jeune et j’ai saisi les opportunités. Aujourd’hui, c’est un acte plus difficile qu’on ne le pense, c’est peut-être plus simple sur le plan administratif, mais la pression est plus forte, d’autant qu’on ne forme pas les gens à être entrepreneur, on l’est ou on ne l’est pas, ça demande beaucoup d’abnégation. L’entreprise, c’est une vraie aventure humaine, il faut avoir beaucoup de respect pour les salariés, on vit ensemble tous les jours. Je suis dans les usines chaque semaine et je connais les gens, en tout cas les anciens, par leur prénom. On peut appeler ça du paternalisme, mais je respecte beaucoup les gens avec qui je travaille, même si je suis exigeant.  J’ai 63 ans, j’ai autour de moi une équipe de cadres et je prépare la relève. «